dimanche 9 janvier 2011

Histoire de nichons

Anne : -"T'as déjà fumé du chichon ?                                                                                                      Marteen : - Bin écoute non mais si tu veux me les montrer là, Okay.
Anne : - Hein ? j'crois t'as rien compris !
Marteen : - Tu m'as pas demandé si j'avais déjà vu tes nichons ?"

Be Torrent

  Les baffles tremblent ; le son se propage comme la fumée blanche dans l’air imbibé de nos déviances. Les mixes prennent leur ampleur sur le monde tandis que la porte claque. Bast vient d’arriver. 
  Dans un souci commun, personne ne bronche. Personne ne lève la tête pour l’accueillir, la peur au ventre. Un reniflement léger parvient à nos oreilles, et le son est remonté comme par magie – nous fuyons, nous nous camouflons dans notre bulle de fumée, paysage neigeux artificiel. Ses pas résonnent sur le parquet imbibé de bière désormais pour terminer leur pèlerinage dans la pièce d’à côté. Nouveau claquement de porte. 
  Boum, boum. Qu’est-ce que l’on entend ? Des platines, un cœur saignant ? Tout se mélange. Audrey me regarde de ses yeux d’azur où je vois la mer monter, et prendre le pas sur ses traits noirs de nuit. L’écume qui perle à ses yeux dans la détresse que peignent ses sourcils à son visage blanc de marbre me renvoie le reflet  d’une âme affolée. Uriel lui, passe sa main dans une position typique de penseur à sa mâchoire que l’on connaît trop bien. Dans les méandres bruyants de l’appartement qui nous paraissent déjà si lointains, le crissement léger de sa barbe naissante nous parvient en écho comme une ode à la pluie. Et là, sur sa chaise blanche d’appoint, Kev balaye la pièce de ses yeux inquiets. Il les appose doucement sur chacun de nous tandis qu’aucun mot n’ose filtrer entre ses lèvres pincées. 
  Uriel se prépare et se lève enfin, part à la chasse dans des espaces lointains. 
  Là où Bast s’est retiré nulle âme de vit. Comme un ermite lové dans son pull népalais, il apparaît recroquevillé dans un coin. Ses yeux se sont ouverts pour y laisser entrer l’archange mal rasé. D’une main amicale à son épaule les deux hommes n’échangent rien dans le silence des monts qui siffle au précipice à leurs pieds.
  Je me lève laissant là ma reine des neiges enfumée, saisit un instrument glacé au sculpteur tempétueux – et les fées d’hiver qui s’étaient rassemblées au portail où jadis, passait le demi-dieu, m’ont laissée filer les conifères ténébreux. 
  Uriel leva les yeux - que le souffle ne gifla mon visage ainsi scindé - et dans l’antre de l’exilé enfin je perçus la tristesse des bois me submerger.
-         Si je te joue le cadeau d’Uhu, cela te fera-t-il plaisir ?
  Les saints entendirent mon appel quand enfin Bast osa se relever, et lorsqu'un sourire fendit son visage asséché, je sus qu’une corde bien sensible venait d’être jouée.
-         Je veux bien. J’ai besoin d’une bonne soirée.
  Le lion vaillant, solaire, était tombé, quand je jouais mes notes si peu rythmées. De Sol en Ré n’apprivoisais-je notre héros marseillais, quand j’abaissais la tête pour aucun soupçon n’éveiller. Et je pensais, me concentrais, je me disais…
  Ne regarde pas Bast pleurer.
  Dans les plaines sonnait le glas d’une nouvelle ère, qui aux enfants de l’hiver figurait le temps – changement chétif et à la fois dément, des êtres qui manquent quand nos cœurs aimants saignent le départ d’une vie si chère.
  Les tigres blancs surgirent des flancs, hurlèrent à la lune quelque mélodie de leur invention, et dans l’hymne nocturne, on vit les monts s’étendre - en une voie infinie du ciel jusqu'au défunt Lion.
à Bast.

mercredi 5 janvier 2011

Le Jour du Seigneur


Uhu à Piou : «C’est de la déliature : Il y a six cordes sur une guitare. Comme il y a sept jours dans la semaine, joue cet exercice d'une corde par jour, et tu auras un jour du Seigneur pour reposer tes doigts ».
(Je trouvais l'expression empreinte d'une certaine beauté). 

Alter Métro.


Relations. Créations. Détermination. Equations. Humiliation. Situation. Education. Substitution. Solution. Conclusion.
Dans la pénombre de l’appartement, je vois les nuages pleurer à la fenêtre. Doucement, ils se confondent aux volutes de fumée de ma cigarette. Petit soldat de la mort. Je pense, donc je crois, je crois en l’humain tandis que je décrois. Quelque chose comme ça du moins. Je ne suis ni heureuse ni malheureuse : subtil entre-deux. Et cette de pluie dehors qui me berce.
Elles tombent, elles chutent vers leur fin. Les gouttes de pluie s’étirent avant de s’écraser dans leur concert de kamikaze. Notes fluettes qui composent cette mélodie si complexe et simple à la fois. La mort peut-elle être instrument d’Art ? La pluie, elle, n’en a jamais douté on dirait.
J’ai tué ma cigarette. Sur cet oxymore alors j’achève cette note.

Rencontre.

  Je me souviens d’un matin au Carpe Diem, une odeur doucereuse de café chatouillait mes narines éveillées. Je te rencontre à ton réveil comme je déguste un expresso : je porte d’abord un regard et d’adoration, et d’envie, sur ma tasse où repose le lit voilé d’une parfaite liqueur, et saisis son anse d’infinies préliminaires. Je respire son odeur intense, m’imprègne de sa présence ; avant d’avaler son cœur aux couleurs forestières. 
  Des airs bucoliques tonnent au petit jour. Quand tu joues de ton instrument, tout est si mélodieux, et tes doigts si doux, que je vois des oiseaux se poser à tes phalanges. J’entrevois tout en ces lieux, te retrouve comme ma madeleine proustienne, un ange, dans les ruines du Carpe Diem.  
  Que la journée commence. Mes gorgées sont achevées, mes iris boisés retrouvent leurs couleurs. Et dans l’éclat furtif d’un rayon de soleil, je repose ma tasse vide d’esprit,  me livre enfin à lui, qui te tatoue sur mon cœur - aux prochaines vingt-quatre heures.
à Uriel.